Sculptures Entomologes/Abris d’insectes

Entomo : contraction du grec entomon : insectes

Loges : du francique laubja : abri de feuillages

Le jardin obéissant souvent à une norme paysagère esthétique « à la mode » entrainant un sur entretien, j’ai souvent pu constater que les nombreuses interventions des jardiniers ne laissent pas de place à la vie sauvage. Les tapis de feuilles mortes sont éliminés, les arbres morts sont abattus, les espèces végétales locales disparaissent au profit de l’implantation d’hybrides ou sous les lames rotatives de la tondeuse passée fréquemment, le bois mort est enlevé, créant ainsi un manque certain d’habitat et de nourriture pour de nombreuses espèces locales.

Me référant à l’expérience de mon propre jardin ainsi qu’à de nombreuses lectures et rencontres (Francis Hallé, Gilles Clément, Pierre Rhabbi, Claude Bourguignon, Vincent Albouy, Bernard Bertrand, Victor Renaud, Eric Petiot, Jean-Henri Fabre, et bien d’autres pour ne citer qu’eux), j’ai souvent tenté de sensibiliser les propriétaires et les paysagistes sur l’importance de minimiser notre intervention humaine sur un milieu de plus en plus pauvre en diversité entrainant de plus en plus de déséquilibres et donc de travail pour le jardinier rentré en lutte.

Nous avons souvent oublié que les végétaux ont co-évolué avec les insectes et que si aujourd’hui la plupart d’entre nous avons tendance à considérer ces derniers comme un problème au jardin, les végétaux eux continuent à développer différentes stratégies pour leur plaire. Par exemple, le développement des fleurs et des odeurs afin d’attirer les pollinisateurs pour un maximum d’efficacité dans leur reproduction, ou encore l’émission de substances attrayantes pour des espèces d’insectes prédatrices d’autres espèces qui mettent en péril leur survie.

Eucera longicornis

Chaque jardin est un écosystème dans lequel chaque être vivant est en relation étroite avec son environnement, y compris l’homme. Plus il comporte de diversité, moins il sera sujet à des proliférations de ravageurs. Les « auxiliaires » présents limiteront leur développement. Voir article de Vincent Albouy

Qu’il soit petit ou grand, de style naturel ou très structuré, le jardin est un espace que la nature régit dans un équilibre dynamique, trop souvent rompu par nos interventions.

Face au peu d’écoute rencontrée et observant l’intérêt que la plupart des jardiniers portent  à l’aspect « décoratifs » de cet espace, j’ai développé les sculptures entomologes.

Ouvrages réalisés sur mesure, les sculptures entomologes accueillent les insectes auxiliaires nécessaires à l’équilibre du jardin, leur offrant un abri pour l’hiver, un lieu de rencontre, de prédation ou de ponte. Elles se fondent dans le paysage et sont élaborées à partir de matières adaptées à l’espace.

Le métal, le bois d’essences locales, et la terre sont les matériaux de base qui les composent. Les produits employés pour l’assemblage, le traitement ou les couleurs, sont naturels.

Leur esthétique souvent d’inspiration contemporaine ou rurale fait appel à des techniques de ferronnerie, d’ébénisterie, voire de marqueterie et de constructeur.

L’œuvre évolue dans le temps grâce à l’action de ses habitants. Obturant des cavités par des bouchons de résine, de terre ou de paille, les insectes modifient le dessin et marquent de leur empreinte une sculpture régulièrement en mouvement : à contempler !

Les sculptures entomologes, décorent le jardin tout en créant un lieu privilégié d’observation du vivant, entrainant, je l’espère, une pratique du jardin naturel.

Bories végétales

Les sculptures entomologes présentent des trous de différents diamètres afin de focaliser l’attention de l’observateur sur les différentes espèces d’Abeilles solitaires (sauvages) qui vont venir y pondre leurs œufs.

Car outre l’Abeille « domestique », plus de 25 000 espèces d’Abeilles (à travers le monde, dont environ 1000 espèces en Europe), appartenant à une dizaine de familles sont essentielles pour la pollinisation.  Elles collectent du pollen et du nectar qu’elles emmagasinent pour nourrir leur progéniture. La plupart sont solitaires et creusent leur nid dans le sol. D’autres l’installent dans des arbres creux ou dans des galeries qu’elles forent dans le bois mort, quelques unes les façonnent avec de la résine ou de la boue mélangée de cailloux. A l’intérieur du nid, les parois des cellules sont faites de sécrétions de cire ou construites avec des fragments de feuilles, des pétales ou de la résine. Chaque cellule renferme un bloc de pollen sur lequel se développe une larve.

La cerisaie

Les Abeilles solitaires peuvent être réparties en trois groupes en fonction de la localisation de leurs nids :

– Les espèces à nids libres entièrement construit par la femelle sur divers supports ;

– Les espèces terricoles qui établissent leurs nids dans le sol, dans des cavités fortuites ou dans des cavités creusées par la femelle ; ces nids sont composés d’un nombre de cellules différent selon les espèces et selon les nids ; ils présentent des cloisons intercellulaires et un bouchon de fermeture constitués de matériaux soit issus du substrat, soit exogènes ;

– Les espèces xylocoles qui construisent leurs nids dans du bois mort, des tiges, des rameaux ou des galles, soit dans des cavités préexistantes plus ou moins aménagées, soit dans des galeries creusées par la femelle ; les cloisons sont édifiées à partir de matériaux empruntés ou non au substrat.

Enfin certaines Abeilles appartenant à l’une des catégories citée ci-dessus peuvent nidifier dans les murs.

           Les Abeilles solitaires passent l’hiver le plus souvent en diapause à l’état larvaire, parfois à l’état adulte, dans la cellule du nid où elles accomplissent leur développement. Toutefois, chez les Halictidés, ce sont les femelles fécondées en fin d’été qui hivernent, tout comme chez les Apidés sociaux (Les mâles meurent à l’automne).

Contrairement à de nombreux insectes, les Abeilles solitaires ont une faible fécondité : 30/40 œufs pouvant être pondus par la femelle au cours de sa vie de 4 à 6 semaines, souvent beaucoup moins si les conditions climatiques sont défavorables ou encore si la quantité de sites de nidification potentiels est réduite ou si les ressources alimentaires sont déficitaires.

Dans les nids, les principaux facteurs externes de mortalité sont le parasitisme par les Abeilles-coucous ou par d’autres insectes, le développement de moisissures et la prédation. (source Inra/OPIE : office pour les insectes et leur environnement)

Les fentes présentent sur les sculptures entomologes permettent d’accueillir beaucoup d’autres insectes tels que des Coccinelles, des Perce-oreilles ou encore des Chrysopes et quelques Lépidoptères. Les différents matériaux ainsi que les formes choisies créent un habitat adapté pour une diversité d’espèces qui peuplent nos jardins.

Les sculptures entomologes sont des objets visuels et tactiles qui attirent l’attention, encouragent l’observation, le rapport avec la matière, le toucher et l’ouïe.

Suspension groupe

Mon parcours de compositeur/musicien m’a inspiré la création de sculptures entomologes qui sont également entomophones. Elles permettent d’appréhender ce petit monde des insectes par l’écoute acoustique de leurs mouvements vibratoires.

Je développe également un travail de prise de son naturaliste à des fins de compositions musicales.

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Une réaction à Sculptures Entomologes/Abris d’insectes

  1. Aline Pélissier a écrit:

    J’ai vu l’expo à Buis: super pour tous les sens….
    Encore Merci…
    AP

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