Oeuvre d’Arbres/Bourgades d’insectes à Salagon

L’installation  » Œuvre d’arbres – Bourgades d’insectes  » a été achevée début mars à Salagon – Musée et jardins (Mane – 04 département des Alpes de Hautes Provence), prête à accueillir les insectes autochtones dès ce printemps.

Dans le cadre de « Rendez-vous aux jardins » les 8 et 9 juin 2019 vous pourrez visiter  l’installation que je commenterais et assister à son inauguration accompagné du Concert-Conférence « Entomophonie syntonale » Programme Salagon

Ouvrages réalisés en écho d’un paysage, d’un espace, les Entomologes* accueillent les insectes indispensables à l’équilibre des écosystèmes, leur offrant un abri pour l’hiver, un  lieu de rencontre, de ponte ou de prédation. Elles se fondent dans leur environnement et sont élaborées à partir de matières adaptées, en résonance avec le site.

* Entomo : contraction du grec entomon (insectes) et loges : du francique laubja (abri de feuillages)

La situation…

Installées à la lisière d’une jeune forêt exposée face à un milieu ouvert, riche en fleurs sauvages, offrant d’abondantes sources de nourriture pour la faune locale, les sculptures Entomologes  permettent l’observation de la diversité des Arthropodes qui peuplent les jardins de Salagon.

Si l’on peut soupçonner la présence de nombreuses espèces d’insectes dans notre environnement quotidien, il reste souvent difficile de consacrer du temps à leur contemplation.

C’est ce que propose les Entomologes : un objet d’art unique qui attire le regard par son esthétique, invite à se poser un instant pour découvrir et observer ce monde fascinant des insectes ; apprendre à les connaître pour mieux les appréhender voire atténuer certaines phobies, les respecter. Les Entomologes sont une pure pédagogie pour se reconnecter à la nature et s’interroger sur le rôle essentiel que les insectes tiennent dans les écosystèmes dont nous tirons les ressources nécessaires à notre survie. Les Entomologes sont un questionnement sur notre comportement une fois rendus face à nous même.

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Œuvre d’Arbres

Deux Entomologes de forme colonnaire sont érigées de part et d’autre d’une accumulation  centrale  d’Entomologes « naissantes ». Répondant à la verticalité des jeunes arbres de la forêt, cette sorte de « triptyque visuel » évoque l’arbre durable façonné en bois d’ouvrage (Cèdre du Luberon).

Destinées à accueillir de multiples espèces d’Abeilles solitaires xylicoles au sein des trous de différents diamètres ; ainsi que d’autres insectes tels que Coccinelles, Chrysopes, Lépidoptères ou Forficules dans les nombreuses fentes dédiées, ces sculptures deviennent alors « Œuvre d’Arbres » permettant le cycle du vivant. L’objectif de ces sculptures singulières accueillant les insectes est d’attirer le regard de nos contemporains sur une nature ordinaire qui nous entoure, et sur laquelle on ne porte plus une très grande attention.

J’utilise volontairement une esthétique de motifs géométriques qui ne sont pas habituellement présents dans le milieu naturel. Ces formes si courantes dans nos environnements urbains nous interpellent d’autant plus placées dans ce contexte.

Une fois la surprise passée, le spectateur est questionné par le matériau de l’objet : le Bois, matière inerte mais vivante. Il peut le toucher, le humer, le sentir, l’écouter. Quelques ornements métalliques et pièces d’ébénisterie l’interrogent sur l’industrie de la facture.

Les motifs formés de multiples trous dessinent des figures géométriques inattendues. Certains de ces orifices sont vides, d’autres habités, bouchés par de la terre, de la résine, d’un broyat végétal…des Abeilles qui y nidifient en modifient constamment le dessin. L’œuvre est en mouvement et se réinvente au fil des saisons, au rythme du vivant. Il s’agit bel et bien d’un ouvrage réalisé en collaboration avec le végétal et les insectes.

A l’écoute d’un bon sens instinctif, la géométrie pragmatique d’une pensée humaine rencontre un opportunisme naturel, nous interrogeant sur notre juste place dans la chaîne du vivant, nous laissant observer et imaginer un possible échange harmonieux où chaque être évolue pour encourager la vie, un « champ des possibles ».

Henri Bergson démêle très bien cette apparente contradiction, lorsqu’il réfléchit sur l’œuvre d’art dans son essai « Le possible et le réel », écrit à l’intention du comité Nobel qui lui décernera la récompense suprême en 1930. « Je crois qu’on finira par trouver évident que l’artiste crée du possible en même temps que du réel quand il exécute son œuvre », écrit-il. Il ajoute : « D’où vient donc qu’on hésitera probablement à en dire autant de la nature ? Le monde n’est-il pas une œuvre d’art, incomparablement plus riche que celle du plus grand artiste ? ».

Les deux Entomologes, « Totems » poétiques, évoquent une sorte de culte singulier de l’arbre, nous laissant imaginer qu’elles ont « poussé » au cœur de  réceptacles, témoins d’une construction humaine laissée inachevée ou endommagée. L’ouvrage enclot un espace devenu trop strict pour y contenir une force de vie inextinguible. Naissance semblable à la germination d’une graine repoussant le substrat d’une jardinière trop étriquée.

L’agglomération de pierres sèches dans l’un des bacs est destinée à l’habitat de Myriapodes, Forficules et Arachnides, les protégeant en été du soleil de la journée.

L’autre, chargé de sable, garantit un terrain suffisamment meuble pour l’accueil et la nidification de nombreuses espèces d’Hyménoptères terricoles.

La frontière visuelle ainsi dessinée permet de tenir l’observateur à une distance respectueuse et de ne pas piétiner ces espaces de vie : les Bourgades d’insectes.

          Au premier plan de l’installation se sont accumulées des géométries de bois (Chêne et Cèdre) de différents formats, sans doute regroupées là au gré du vent.

Souches ou plants de l’arbre ?

Dispositif structuré exclusivement de fentes horizontales et verticales, il permet d’abriter des Forficules, Myriapodes et autres Arachnides.

De cette architecture au ras du sol naissent d’étranges petits cubes de bois perchés au sommet de tiges métalliques, également disséminés un peu partout au pied des arbres. A l’instar d’un réseau de mycéliums qui se diffuse pour collaborer avec les racines des plantes et qui périodiquement, pour diffuser ses spores, nous montre  ses organes sexuels nommés « Champignons », ces cubes de bois de Cèdre au graphisme de trous de diamètres variés sont spécialisés dans l’accueil des Abeilles solitaires. Munis de cornet acoustique en bois de Hêtre permettant une observation sonore discrète de cette communication, ces « Bee’s Box » ne « germent » qu’en milieu tempéré et riche.

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